Jeunes Socialistes pour la Rénovation

"Plus utile", notre contribution du CN des 19 et 20 mai 2007

 

De cette élection qui vient de se tenir, nous retenons avant tout notre défaite. Défaite collective dont nous devrons tirer les leçons, les assumer, sans céder aux regrets. Nous observons également le fort recul de l'extrème droite, dont une partie de l'électorat a été séduite par Nicolas Sarkozy, et celui d'une extrème gauche décrédibilisée par ses divisions, laminée par le vote utile et le caractère parfois protestataire de la candidature de François Bayrou. Cette élection a été également marquée par le fort désir de changement des français, dont témoignent la participation historiquement forte au scrutin, et l'attrait qu'ont pu receuillir des candidatures qui se voulaient nouvelles, prônaient la rupture ou le changement.

 

A cet égard, Nicolas Sarkozy a réussi un véritable hold-up électoral en se présentant, alors qu'il était ministre depuis 5 ans et président du parti majoritaire, comme le candidat de la rupture. Pour les français, il représentait le changement, et nous avons été incapables de le rendre comptable du bilan de la droite. Une habile campagne de cinq ans, durant laquelle il a imposé ses thèmes et habitué l'opinion publique à son idéologie, lui a permis d'obtenir ce résultat. Nous, socialistes, nous rendons compte alors qu'il ne suffit pas de se présenter comme l'alternance pour incarner le changement. De fait, la famille socialiste n'a pas su tenir, ces cinq dernières années, un discours clair et offensif. Les leçons du 21 avril n'ont jamais été tirées, et nous avons passé cinq années à les fuir en nous rassurant des victoires électorales intermédiaires qui témoignaient surtout du rejet du gouvernement de droite. Fuyant sa nécessaire rénovation, la famille socialiste s'est surtout assurée que rien ne changeait, votant un projet bien tard, et désignant plus tardivement encore sa candidate pour le porter. Cette désignation, si elle fut démocratique, entama la candidature socialiste après un débat interne dur, où certains ne répugnèrent pas aux coups bas.

 

Ségolène Royal, en quelques mois, a eu le mérite de nous engager sur la voie de cette rénovation. Elle a su, déroutant les hiérarques de nos appareils, mener une campagne ouverte vers les citoyens, via ses débats participatifs, ses comités désirs d'avenir et ségosphère. Elle a su également moderniser le discours socialiste sur des thèmes comme la 6e République, l'environnement, l'Europe, la fiscalité et la nécessaire régulation de l'économie.

 

Cette campagne connut également des difficultés. Certains camarades ne se sont pas sentis tenus de soutenir notre candidate et n'ont pu s'empêcher, parfois même, de l'entraver, de la décrédibiliser.

Les changements de cap furent peut-être trop nombreux. Ils nous empêchèrent sans doute de tenir, au mieux, un discours clair, cohérent et offensif, d'autant plus que le champ médiatique était scandaleusement favorable à Nicolas Sarkozy.

 

Et maintenant ?

 

La première urgence est de mener, unis, la campagne législative. L'assemblée nationale a besoin d'un groupe socialiste fort, capable de faire vivre la démocratie face aux députés godillots de la majorité présidentielle.

Près de 17 millions de français ont donné leur voix à Ségolène Royal et au projet qu'elle a porté. C'est sur cette confiance, et autour d'elle, que nous devrons construire.

Ensuite, et avant d'évoquer de quelconques alliances, nous devrons nous doter d'un projet fort que nous pourrons, que nous devrons, porter pendant cinq ans. Il ne s'agit pas de savoir s'il doit être plus centriste ou plus gauchiste, nous ne faisons pas de marketing politique pour coller à des tendances électorales qui ne seront peut-être que des épiphénomènes.

Nous devons proposer des outils pour répondre aux problèmes de notre monde et de notre société, et tendre toujours vers un idéal de justice sociale et d'égalité. Ce n'est qu'après cette indispensable préalable que nous aurons à adopter une stratégie claire et résolue pour convaincre les citoyens de la force, et de la justesse, de notre démarche. La politique est affaire, non de suivisme ou de facilité, mais de conviction !

 

 

Agir sur l'ordre du monde

 

Défendre un projet politique de gauche, c'est avant tout comprendre le monde et répondre à ses désordres. A l'ordre économique mondial, qui affaiblit les peuples et met leur travail en concurrence, saccage l'environnement et engraisse les privilégiés (ceux-ci n'ont plus de patrie), nous devons imposer une régulation forte et institutionnelle, seule à même de garantir l'intérêt général.

 

Il nous faudra militer activement pour une refonte de nos institutions internationales dont nous ne finissons pas de constater les défaillances. L'Organisation Mondiale du Commerce, par exemple, ne devra plus édicter ses règles dans la recherche unique d'une concurrence parfaite. Celles-ci devront prendre en compte des critères de progrès humain et de préservation des ressources terrestres et de l'environnement.

 

La pauvreté des pays les moins favorisés est insupportable à tout humaniste. Elle provoque, de surcroît, des flux migratoires non maîtrisés aux conséquences dramatiques. La communauté internationale devra organiser le développement de ces pays, en y favorisant la création de services publics et d'infrastructures, et d'emplois dans une optique de développement humain et  durable.

 

S'il sera difficile d'engager la communauté internationale vers ces objectifs, nous devons convaincre l'Europe d'en être l'exemple et l'avant-garde. L'Europe ne devra plus se faire par l'argent et dans l'opacité des salons bruxellois. Nous devons militer pour l'adoption d'un traité constitutionnel, qui propose enfin une organisation démocratique des pouvoirs en Europe, incluant la maîtrise de la politique monétaire mise en oeuvre par la BCE. C'est une étape nécessaire à toute action politique.

 

Le projet que nous devrons alors y faire valoir prioritairement, c'est la programmation de nécessaires convergences fiscales et sociales, dans le but d'éviter la mise en concurrence des modèles sociaux. Refusant l'évidence libérale, nous devons activement prôner un tarif extérieur commun, protégeant du dumping social et environnemental. L'Europe devra également coordonner des projets en matières d'éducation, de culture, d'industrialisation et de recherche. C'est par ces preuves que l'Europe obtiendra l'adhésion et la confiance de ses peuples, et qu'une conscience européenne s'affirmera.

 

 

Répondre aux maux de la société française

 

Notre société est malade de maux que ni la droite, ni la gauche, n'ont su régler ces trente dernières années. Du fait de cette impuissance politique, nos concitoyens peinent à croire à la possibilité d'un projet collectif et social.

 

Nous devons donc porter avec force notre projet citoyen. A commencer par la refonte de notre système politique républicain. Une 6e République, parlementaire, et idéalement primo-ministérielle, remplacera avantageusement la 5e République autoritaire et bonapartiste.

La responsabilité, la transparence et  la morale politique devront être placées au coeur de notre République : et ce n'est pas par des intentions que l'on y arrivera, mais grâce à des dispositifs institutionnels, tels que le mandat unique appuyé sur l'obligation d'assiduité, le contrôle parlementaire de l'action du gouvernement, l'évaluation citoyenne de l'action des élus...

Cette nouvelle démocratie devra s'intéresser à la vie dans l'entreprise, en y organisant le dialogue et assurant une plus grande représentation et participation à la décision des salariés.

Démocratie représentative, sociale, décentralisée : des citoyens mieux représentés, consultés, pour une politique concertée et donc, plus efficace et plus juste.

 

L'égalité ne doit plus rester un vain mot sur les frontons de nos mairies. Tous les citoyens doivent se voir offrir les conditions pour se construire et s'émanciper. Voilà pourquoi nous devons affirmer la nécessité de garantir des services publics nombreux, de qualité et sur tout le territoire. Les citoyens doivent bénéficier de toutes les sécurités (sociales, physiques, civiles), même celles dont la gauche, qui pêche parfois par angélisme, a du mal à parler. Voilà pourquoi, également, nous devons défendre, sans relâche ni état d'âme, la laïcité.

 

Notre société subit depuis trente ans le chômage de masse et l'augmentation de la précarité. Le défi qui s'offre à nous est donc de créer des emplois et de renverser la tendance qui voit la richesse fuir du travail vers le capital. En investissant massivement dans la recherche et l'innovation, en engageant notre économie et nos infrastructures dans la préservation de l'environnement, en réorientant l'aide aux entreprises vers celles qui s'engagent à créer de l'emploi, en adaptant la fiscalité des entreprises  à leur comportement social et environnemental de façon très incitative, nous créerons les conditions d'une croissance de progrès humain.

 

 

Pourquoi un Mouvement des Jeunes Socialistes ?

 

Le Mouvement des Jeunes Socialistes est une organisation autonome du Parti Socialiste. S'y engager, ce n'est pas entrer dans un parti politique. De fait, adhérer au MJS, c'est faire le choix d'un engagement spécifique, qui peut être complémentaire de celui du Parti Socialiste mais qui n'est pas le même. Malheureusement, le MJS fonctionne trop comme un parti politique.

 

Est-il utile, congrès après congrès, que nous tenions, même si les rapports y sont différents, les même débats qui agitent le Parti Socialiste ?

Est-il utile que l'intérêt premier de nos conseils nationaux, soit de voir évoluer les rapports de force entre les diverses sensibilités, à travers les signatures de contributions et les débats sur des résolution dont on ne fait souvent que peu de choses après leur adoption ?

 

Soyons clairs, nous ne voulons pas nous poser ici en donneurs de leçons : nous assumons notre responsabilité, ni moindre ni supérieure à celle des autres sensibilités, dans ce fonctionnement qui, nous en faisons le constat aujourd'hui, n'est pas utile à notre organisation et aux valeurs que nous souhaitons défendre.

 

Au delà des nécessaires rénovations statutaires, et de pratiques, que nous devrons réaliser pour améliorer la démocratie de notre organisation, nous devons nous poser la question de notre rôle et de l'utilité de notre organisation. Les militants du MJS ne sont pas les porte-parole d'une génération. Nous sommes des jeunes de gauche, qui veulent agir dans une organisation autonome du PS. Et la meilleure façon d'être utile à la famille socialiste et ses valeurs, est de faire de la politique différemment du Parti Socialiste, en complémentarité.

 

Nous devons nous concentrer sur nos rôles d'éducation politique, de formation et d'exercice de la citoyenneté. Nous devons aller au-devant des situations que vivent nos concitoyens, rencontrer les acteurs qui s'y intéressent, et en ressortir une analyse et des propositions : au lieu de consacrer tant de temps à nos débats internes, tâchons de nous ouvrir plus encore à la société.

 

Ce Conseil National ouvre le processus de Congrès : que celui-ci puisse permettre à notre mouvement d'être plus démocratique, plus représentatif, et plus ouvert. Plus utile.

 

 

 

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