Jeunes Socialistes pour la Rénovation

«Sarkozy ferait-il un mercato s?il était sûr de ses forces ?»

Ex-porte-parole de Ségolène Royal, député de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg commente les effets de l'ouverture, livre son diagnostic sur la défaite et l'état du PS et ses pistes pour la rénovationde son parti et de la pratique institutionnelle.

Pourquoi le PS a-t-il autant de mal à résister à l'ouverture de Nicolas Sarkozy ?

C'est le symptôme d'un parti qui a excessivement cultivé le goût de l'intérêt plutôt que l'amour des convictions. Mais c'est aussi la preuve de la faiblesse structurelle du pouvoir sarkozien. Organiserait il un mercato généralisé des compétences et des talents s'il était sûr que ses propres forces suffisent à lui assurer le soutien durable de l'opinion publique ?

Le cas de Dominique Strauss-Kahn, soutenu par la présidence pour la direction du FMI, est gênant pour le PS.

C'est un choix personnel. S'il préfère se soustraire à l'effort qu'il nous faudra tous faire pour recréer une offre politique digne de ce nom à gauche, c'est l'expression de sa préférence, qui le prive malheureusement d'action collective et future.

Et Jack Lang ?

Jack Lang aurait dû demander un mandat au groupe socialiste. Dès lors qu'il n'a pas choisi de le faire avec nous, il reprend sa liberté. Et nous conservons la nôtre. Il devrait savoir qu'on ne peut faire une réforme institutionnelle sur un coin de table, avec quelques personnalités débauchées pour la circonstance.

Le parti n'est-il pas plus mal en point que jamais ?

La décomposition d'un système bâti il y a trente ans est une évidence. Il faut revenir sur les raisons de la défaite, d'abord liée au retard stratégique accumulé par le parti depuis une dizaine d'années, à l'incapacité d'écouter la société, de traiter les problèmes et de les affronter. L'immobilisme est devenu une loi de gestion politique au PS, qui préfère l'esquive plutôt que le traitement des questions. Il y a aussi un deuxième retard, qui est organisationnel : notre parti a continué à vivre sur un système à fracturations multiples de chapelles, de courants et d'écuries. Il a cultivé la division plutôt qu'organisé la recherche des convergences. Ces deux facteurs ont participé à l'échec de notre campagne.

Exonérez-vous totalement la candidate de la défaite ?

Les responsabilités sont partagées. En positif, elle a ouvert des portes, déverrouillé un grand nombre de sujets pour l'avenir. En négatif, elle n'a pas su ou pu rassembler et faire travailler les forces disponibles.

Où en êtes-vous de votre soutien à Ségolène Royal?

Je suis un loyal serviteur des causes que je défends. Cependant, les urgences, aujourd'hui, ne sont pas posées en termes de leadership. La priorité, c'est la transformation de la donne politique à gauche, et ce travail prendra un peu de temps.

De ce point de vue, le calendrier proposé par François Hollande devrait vous satisfaire ?

Je ne l'ai pas approuvé, et m'y suis à grand-peine résigné.

Les socialistes ne semblent pas tout à fait d'accord sur ce que sera leur opposition. La rénovation peut-elle venir du Parlement?

Il n'est pas dit que tout serait tombé dans un bocal de formol. La création d'un contre-gouvernement au groupe socialiste conforte notre image de parti de gouvernement, préparant l'alternance. J'ai d'ailleurs invité à la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse plusieurs membres du contre-gouvernement, de toutes sensibilités et trajectoires. C'est une manière d'ouvrir les portes des vieilles chapelles socialistes. On ne peut donc pas dire que tout soit immobile.

La pratique du pouvoir de Nicolas Sarkozy ne rend-elle pas difficile la tâche de l'opposition ?

La dérive institutionnelle dans laquelle le pays est engagé est organisée sans mandat du peuple, seul souverain en la matière. Quand les arbitrages budgétaires ne se font plus à Matignon, quand les conseillers de l'Elysée chaperonnent les ministres sans pouvoirs et quand le gouvernement est transformé en attaché parlementaire du président, ce sont les principes de la responsabilité, fondamentaux en démocratie, qui sont touchés. Ceux qui décident doivent rendre des comptes. Or, c'est de moins en moins le cas. Nous devons réagir et exiger du Président de très importants rééquilibrages qui ne soient pas de façade. On ne pourra pas se contenterde la présidence de la commission des finances.

 

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Dans Le Parisien du 22 juin : "Montebourg veut tourner la page"

Le « jeune lion » est candidat à la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, pour tirer les leçons des défaites du PS alors même que Ségolène Royal est critiquée pour avoir pris ses distances... avec son propre programme.

Reélu dimanche député de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg a annoncé hier sa candidature à la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Un poste également convoité par le président sortant, Jean-Marc Ayrault, candidat à sa propre succession, et par le jospiniste Jean Glavany. Le dépôt des candidatures sera clos ce midi. Les députés PS voteront lundi.

Quel est le sens de votre candidature ?

Arnaud Montebourg. C'est la leçon de notre défaite. La droite, avec un bilan affligeant, mais par le simple accomplissement de sa propre mutation, a accompli le tour de force, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, de se maintenir au pouvoir. Nous ne pouvons plus, comme en 2002, réagir par le maintien du statu quo, l'immobilisation de notre dispositif, le refus de la moindre remise en question. Je veux faire du groupe le lieu, d'abord de la réconciliation des socialistes, et ensuite du travail en commun sur la création de positions politiques nouvelles, de contre-propositions nouvelles, de manière à édifier peu à peu, pierre après pierre, une alternative constructive pour le pays.

Comment comptez-vous rassembler une majorité de députés PS sur votre nom ?

La dynamique politique que créerait mon élection à la présidence du groupe, le message politique très fort envoyé à l'opinion publique, le fait que nous tournerions ainsi la page d'un passé révolu et que nous retrousserions ensemble nos manches pour dégager des propositions nouvelles, là où la gauche a trop souvent esquivé ou fait silence, ou ne s'est jamais remise de ses contradictions, est de nature à convaincre une majorité de députés socialistes.

Ségolène Royal vous soutient-elle dans cette démarche ?

Elle considère que c'est aux députés, dont elle n'est pas, de fixer librement leur choix. Je l'en ai naturellement informée. Elle ne m'a nullement découragé de le faire.

Quel type de président de groupe seriez-vous ?

Je pense qu'il sera nécessaire d'être à la fois constructifs dans les propositions que nous ferons et très combatifs contre un certain nombre de choix inacceptables du gouvernement.

« Nous n'avons pas mis toutes les chances de notre côté »

Comment jugez-vous la présidence Sarkozy ?

Le président est en train de transformer sous nos yeux la République. Il invente un système ultrapersonnalisé, ultraconcentré et non délibératif. Il voudrait remplacer tous les autres pouvoirs : il a fait disparaître son Premier ministre, il remplace ses propres ministres, peut-être voudra-t-il demain remplacer le Parlement ? Montesquieu écrivait qu'un pays où il n'y a pas de séparation des pouvoirs est un pays où il n'y a point de Constitution...

Les 200 socialistes à l'Assemblée pourront-ils réellement peser sur les choix du gouvernement ?

Ce sera à nous de choisir les points de confrontation et les points de contre-propositions. Nicolas Sarkozy essaie de faire croire qu'il représente à la fois la droite et la gauche. Ce sont les actes de son gouvernement qui, pour nous, compteront. Et sur les actes, nous risquons d'être intransigeants.

Comment rénover le PS ?

Le cadre dans lequel nous avons élaboré nos propositions politiques et tenu nos débats n'est plus adapté. Il faut transformer ce cadre, refonder les positions politiques, travailler avec l'extérieur, tout en nous réorganisant avec d'autres forces politiques, afin de permettre des points de rassemblement très solides. Notre système laisse trop de place aux débats artificiels coupés de la société, et trop de place aux divisions et à la perpétuation des écuries, qui nous neutralisent.

Le résultat des législatives signifie-t-il que la présidentielle pouvait être gagnée ?

Il n'y a pas d'élection gagnée d'avance, mais je constate que nous n'avons pas mis toutes les chances de notre côté. Nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes.

Ségolène Royal dit qu'elle a défendu des propositions auxquelles elle ne croyait pas. En tant que porte-parole, était-ce aussi votre cas ?

Je peux dire que nous n'étions pas prêts. Et que les sempiternels rituels de congrès, motions de synthèses, déchirures sur le référendum, luttes fratricides entre les écuries ont constitué les conditions d'une incapacité à travailler collectivement, qui nous aura été fatale. Il nous faut maintenant en tirer la leçon.

Propos recueillis par Nathalie Segaunes

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Arnaud Montebourg cultive l'esprit de résistance au mont Beuvray

Le Monde du 29 mai 2007 

Au pied du mont Beuvray, dans le Morvan, les militants socialistes battent la semelle à l'abri, en attendant Arnaud Montebourg. Le moral des troupes n'est pas au rose. Combien de socialistes dans la prochaine Assemblée? Les plus pessimistes annoncent soixante. "Ceux qui tiendront, dans cette conjoncture seront inébranlables", assure un militant. "C'est peut-être ce qu'il nous faut pour se reconstruire, dit son voisin. Après les législatives, nous perdrons les municipales. Nous serons peut-être en position de reconquête pour les régionales en 2010." Le député socialiste de Saône-et-Loire arrive enfin, accompagné de son jeune fils. Depuis trois ans, le chef du courant des rénovateurs a pris l'habitude d'emmener pique-niquer ses fidèles au sommet du mont Beuvray, chaque lundi de Pentecôte, comme François Mitterrand le faisait sur la roche de Solutré, à l'autre bout du département - non par mimétisme, assure son entourage, mais pour protester contre la décision de Jean-Pierre Raffarin d'imposer la journée de solidarité.

Le site, à cheval sur la Nièvre et le département de Saône-et-Loire, est le symbole d'une résistance antique : au sommet du mont Beuvray se trouvent les restes de Bibracte où, en 52 avant J.-C., Vercingétorix fut proclamé chef de la coalition gauloise et où César, après sa victoire d'Alésia, passa l'hiver à rédiger "les commentaires sur la guerre des Gaules".

Après la grimpette, pas d'agapes, mais de brefs discours. Philippe Baumel, le vice-président du conseil régional de Bourgogne lance un appel à "serrer les rangs, s'unir pour aller de l'avant, dévoiler le vrai visage de la droite". Christian Paul, député de la Nièvre, entre dans le vif du sujet : "Il faut une nouvelle génération pour construire une gauche et un PS nouveaux." M. Montebourg, qui met toute son énergie dans la campagne pour conserver sa circonscription de la Bresse, où Nicolas Sarkozy est arrivé en tête avec 53% des suffrages, a appris à marcher sur des œufs. "Les forces de la gauche sont sans boussole. Il nous faut inventer une nouvelle gauche, ouvrir les portes et les fenêtres à la société tout entière, réinventer nos modes de discussion. Il faut le faire sans heurts et sans querelles." Mais, pour l'heure, il prône prudemment le "rassemblement de toutes les forces dans un esprit de résistance".

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« Dix bonnes raisons de ne pas voter Sarkozy » Libération du mercredi 25 avril 2007

Que serait la France de Nicolas Sarkozy s'il accédait, le 6 mai, à la présidence de la République ? Quelles sont ses volontés de réforme, ses mesures prioritaires ? En meeting, il répète que ses adversaires veulent le «diaboliser» et lui vouent de la «haine». Loin de nourrir de tels sentiments, Libération décrypte en 10 points les projets du candidat UMP qui fâchent.

Une certaine idée de la justice

 

Ce qu'il veut faire. Il a promis de «lutter contre la récidive en instituant des peines plancher pour les multirécidivistes». La dernière loi visant à réprimer plus sévèrement la récidive (élargissement des critères de la récidive, limitation des sursis...) remonte à décembre 2005. Nicolas Sarkozy veut qu'au bout de trois fois le condamné écope de la peine maximale prévue. Ce qui malmène le principe de l'individualisation de la peine inscrit dans la tradition juridique, la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme. Tous les spécialistes estiment qu'une telle mesure fera exploser la population pénitentiaire.

Sarkozy veut aussi supprimer l'excuse de minorité pour les récidivistes de plus de 16 ans, et aligner progressivement la justice des mineurs sur celle des majeurs. Il tient aussi à «expérimenter» une séparation entre les mineurs dont s'occupent les juges des enfants : d'un côté les victimes, de l'autre les délinquants. Sachant que les frontières sont totalement perméables.

 

Ce qu'il a fait. Il a beaucoup joué avec le principe de la séparation des pouvoirs, en mettant en cause personnellement des magistrats, notamment ceux du tribunal des enfants de Bobigny, accusés de «démissionner» face aux délinquants. Au point que Guy Canivet, le premier président de la Cour de cassation, avait été reçu par Jacques Chirac, en septembre 2006, après avoir exprimé sa colère pour dénoncer «les termes provocants» de Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, «mettant en cause le fonctionnement de l'institution judiciaire». Le haut magistrat se montrait alors désireux d'exposer au chef de l'Etat «la gravité de ces atteintes réitérées à la répartition des pouvoirs prévue par la Constitution et le malaise ressenti par les juges». 

Sarkozy a aussi multiplié le fichage en étendant notamment le fichier national automatisé des empreintes génétiques ­ créé sous la gauche pour pister les délinquants sexuels ­ à quasiment tous les délits. Contre l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, ce fichier ne contient pas que des condamnés mais aussi des suspects.

 

Une certaine idée de la police

 

Ce qu'il veut faire. Le ministre de l'Intérieur en avait rêvé contre l'avis de Jacques Chirac, et cette fois le candidat à l'Elysée est bien décidé à la mettre en place : une direction unique du renseignement qui réunirait Renseignements généraux (RG) et Direction de la surveillance du territoire (DST). Officiellement, il s'agit de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Une direction unifiée aurait également l'avantage d'être plus facilement contrôlable pour le pouvoir politique avec un homme idoine à sa tête. Nicolas Sarkozy veut également faire voter une nouvelle loi de programmation afin de «combler» les poches de retard des forces de l'ordre en matière de cryptologie, de biométrie et d'équipements. Lors de ses deux précédents passages place Beauvau, Nicolas Sarkozy avait déjà largement communiqué sur les technologies (pistolet à décharge électrique, caméras...) au service de la police.

 

Ce qu'il a fait. Dès son arrivée au ministère de l'Intérieur au printemps 2002, Nicolas Sarkozy s'est attaché à galvaniser des policiers et des gendarmes qui avaient manifesté leur blues dans la rue à l'automne 2001. Il leur a garanti moyens et effectifs dans une loi de programmation votée durant l'été 2002. Le deuxième étage de la fusée sécuritaire Sarkozy a été la mise en place de la «culture du résultat», aujourd'hui largement décriée dans les commissariats. Lors de leurs dernières élections professionnelles, les policiers ont dénoncé, la «chasse aux crânes», c'est-à-dire l'inflation des interpellations et des gardes à vue. Enfin, il est le ministre de l'Intérieur qui a enterré la police de proximité mise en place par ses prédécesseurs de gauche.

Une certaine idée de l'immigration

 

Ce qu'il veut faire. L'objectif de Sarkozy est affiché : limiter l'immigration «subie». Le candidat de l'UMP a annoncé la création d'un «ministère de l'Intégration et de l'Identité nationale» regroupant les attributions confiées aujourd'hui à trois ministères. Il a également promis, dès juillet, une troisième loi sur l'immigration et précisé que les immigrés souhaitant venir en France au titre du regroupement familial devraient apprendre des «rudiments» de la langue française.

 

Ce qu'il a fait. Alors ministre de l'Intérieur, il a fait adopter deux lois sur l'immigration, en 2003 puis en 2006. La première comprenait une disposition plutôt favorable aux immigrés avec la suppression partielle de la «double peine». La seconde a durci les conditions de régularisation des immigrés en situation irrégulière, et celles d'entrée et de séjour des étrangers. Hautement symbolique, la suppression de la régularisation de plein droit après dix ans de séjour, même clandestin, en France. La lutte de Sarkozy contre l'immigration clandestine s'est accompagnée d'une augmentation des reconduites à la frontière : 24 000 en 2006, un chiffre toutefois inférieur aux objectifs fixés aux préfectures. La loi de 2006 était également censée ouvrir la porte à une immigration «choisie». Malgré quelques accords signés avec des pays comme le Mali, ce système tarde à prendre forme.

 

Une certaine idée de l'individu

 

Ce qu'il veut faire. Nicolas Sarkozy pourrait revenir à la charge en proposant le dépistage des signes avant-coureurs de délinquance chez les enfants de moins de 3 ans. Il s'était déjà appuyé sur un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale qui préconisait «le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l'école maternelle». A trop scruter les «susceptibilités génétiques», il risque de considérer qu' «un sujet "est" délinquant avant même d'entrer dans l'existence», comme le regrettait alors le docteur en psychopathologie Rodolphe Adam.

 

Ce qu'il a dit. Dans un entretien avec Michel Onfray, publié par Philosophie magazine d'avril, Nicolas Sarkozy déclarait : «J'inclinerais à penser qu'on naît pédophile», et, plus loin : «Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année [...] parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable [...]. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.» 

 

Une certaine idée du social

 

Ce qu'il veut faire. Le candidat Sarkozy veut encadrer le droit de grève en imposant un vote à bulletin secret au bout de huit jours d'arrêt de travail. Dans le secteur public, il souhaite l'organisation d'un service minimum instauré par la loi dès juillet. Il veut réduire le nombre de fonctionnaires en ne remplaçant pas les départs à la retraite. Pour les salariés du secteur privé, il veut remplacer le CDI et le CDD par un contrat de travail unique, sur le modèle du contrat nouvelle embauche (CNE) ou du contrat première embauche (CPE), ce qui permettrait à tout employeur de se séparer d'un salarié sans avoir à se justifier, en contrepartie d'une indemnité de licenciement revalorisée. Sa proposition d'exonérer totalement de charges sociales et fiscales les heures supplémentaires, payées 25 % plus cher, signerait la fin des 35 heures avec un effet négatif sur l'emploi, les entreprises ayant intérêt à allonger la durée du travail plutôt qu'à embaucher.

Ce qu'il a fait. Du fait de ses fonctions ministérielles, Sarkozy n'a jamais eu à intervenir directement dans le domaine social. Son passage au ministère de l'Economie, de mars à novembre 2004, fut bref. Le budget 2005, qu'il a préparé et fait voter, se traduisait essentiellement par le non-remplacement d'une partie des départs à la retraite de fonctionnaires. Il a soutenu la création du CNE à l'été 2005, mais quand Dominique de Villepin a lancé le CPE en janvier 2006, il a prudemment laissé le Premier ministre s'enferrer avant de plaider ­ comme président de l'UMP ­ pour un repli stratégique.

 

Une certaine idée du logement

 

Ce qu'il veut faire. Alors que la France compte 1,3 million de demandeurs de HLM, Nicolas Sarkozy, entend fixer «une obligation annuelle de vente de 1 % du parc social, soit 40 000 logements» sociaux par an. Cela permettrait «de rendre le rêve de propriété accessible à beaucoup de personnes qui en sont exclues actuellement», argumente le candidat UMP. Mais ces ventes risquent de concerner les plus beaux morceaux des HLM (les immeubles les mieux situés, les mieux construits), laissant dans le champ du parc social les cités ou les bâtiments les plus excentrés, accentuant ainsi les phénomènes de ghettoïsation. La mise en oeuvre d'un tel programme risque aussi de réduire l'offre d'habitat social, au moment même où les loyers du privé flambent et deviennent inaccessibles aux ménages à petits revenus, voire moyens en région parisienne et dans les grandes métropoles régionales.

 

Ce qu'il a fait. Président du conseil général des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy a décidé en 2005 de vendre 4 000 HLM dans son département en cinq ans (soit 800 par an en moyenne). Pour faire taire les critiques, il a promis de les remplacer par des constructions nouvelles, devant s'ajouter aux 3 300 logements sociaux nouveaux déjà programmés annuellement par le département. Ce qui fait un total de 4 100 logements HLM à réaliser chaque année. Mais sur le terrain ça ne suit pas : seulement 2 590 ont été construits en 2006 et à peine plus de 1 500 en 2005. Autre fait d'armes : maire de Neuilly pendant neuf ans, Nicolas Sakozy n'a jamais accordé une quelconque priorité au logement social. Sa ville compte moins de 3 % de HLM. C'est l'une des pires élèves parmi les communes de France, bien en deçà des objectifs de la loi SRU qui impose 20 % de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France).

 

Une certaine idée de la santé

 

Ce qu'il veut faire. Son programme Ensemble réaffirme les grands principes du modèle français de Sécurité sociale, pour «garantir l'égalité et l'équité de l'accès aux soins pour tous». Mais Nicolas Sarkozy veut «également que chacun se sente responsable du financement de notre système de santé». Aussi propose-t-il «un système avec quatre franchises : les premiers euros annuels sur les examens biologiques, les premiers euros annuels sur les médicaments, les premiers euros annuels sur les visites médicales et même sur l'hospitalisation». Ces sommes, inscrites sur un «compte annuel», ne seraient «pas remboursées» par la Sécurité sociale. Leur montant ferait l'objet d'un «débat chaque année devant le Parlement» et serait fonction de la santé financière de l'assurance maladie. Cette logique strictement comptable de rééquilibrage des comptes de la Sécurité sociale reviendrait à rembourser de moins en moins les malades, les contraignant à souscrire des assurances complémentaires de plus en plus onéreuses.

 

Ce qu'il a fait. Ministre de l'Economie en 2004, au moment où ses homologues à la Santé, Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand, préparaient et faisaient voter la réforme de l'assurance maladie, Sarkozy ne leur a pas permis de puiser dans les recettes fiscales pour renflouer la Sécurité sociale. Défenseur de l'orthodoxie budgétaire et partisan d'une réduction des prélèvements obligatoires, il ne connaît que la baisse des dépenses pour équilibrer les comptes, qu'il s'agisse du budget de l'Etat ou des comptes sociaux.

 

Une certaine idée de la fiscalité

 

Ce qu'il veut faire. Nicolas Sarkozy a prévu d'abaisser encore le «bouclier fiscal» (qui permet de plafonner le total des impôts payés par un contribuable) à 50 %, alors qu'il est actuellement de 60 %. Surtout il souhaite supprimer jusqu'à 95 % des «droits de donation et de succession pour tous les patrimoines petits et moyens». Or, en France, grâce à la législation fiscale existante, 80 % des patrimoines transmis en ligne directe échappent déjà à toute imposition. Avec cette nouvelle proposition, 15 à 20 % des Français les plus riches échapperaient à nouveau aux successions. L'impôt sur la fortune pourrait de fait disparaître. Le candidat promettant une déduction de 50 000 euros de l'impôt contre un tel investissement dans une PME. La politique fiscale, au final, devrait profiter aux citoyens les plus aisés.

 

Ce qu'il a fait. En cinq ans, la droite a mené une étrange politique fiscale. Que jamais Sarkozy n'a désavouée. Baissant de manière drastique l'impôt sur le revenu (IR), dont le taux marginal a progressivement été abaissé à 40 %. Aujourd'hui l'IR ne représente plus que 25 % des recettes fiscales de l'Etat. Mais dans le même temps, la majorité a réussi la prouesse de faire augmenter le taux des prélèvements obligatoires : l'ensemble des taxes fiscales et sociales atteint 44,4 %. Elle a aussi inventé le «bouclier fiscal» . Autant de mesures fiscales au service des plus aisés.

 

 

Une certaine idée des médias

 

Ce qu'il veut faire. Il prévoit un superministère rassemblant les médias, la culture et l'éducation, et un renforcement des missions culturelles de France Télévisions. En matière de médias, le programme de Nicolas Sarkozy est maigre. Il faut dire qu'il en a déjà tellement fait...

 

Ce qu'il a fait. Dernier incident en date : il pète les plomb en coulisses de l'émission France Europe Express sur France 3 parce que monsieur n'a pas de loge. Sarkozy n'aime rien tant que mettre sa patte dans les médias, où il compte beaucoup d'amis : Arnaud Lagardère, patron du groupe éponyme ­ qui a gentiment viré Alain Genestar, patron de Paris-Match coupable d'avoir publié une une présentant Cécilia Sarkozy et son nouvel amoureux ­ ou encore Martin Bouygues, qui possède TF1. Sarkozy aime aussi beaucoup passer des coups de fil. A Robert Namias (TF1) et Arlette Chabot (France 2) pour les remercier d'avoir levé le pied sur le soulèvement des banlieues fin 2005. A Bertrand Méheut, patron de Canal +, pour, en juin 2005, défendre Karl Zéro dont l'émission est menacée. A Edouard de Rothschild pour se plaindre de la façon dont Libération le traite. Le zélé Jean-Pierre Elkabbach cherche-t-il à Europe 1 un journaliste politique pour suivre l'UMP qu'il demande conseil à... Nicolas Sarkozy. «Normal, répond celui-ci, j'ai été ministre de la Communication.» 

 

Une certaine idée du pouvoir

 

Ce qu'il veut faire. Comme souvent en la matière, les postulants à l'Elysée oublient rapidement leur promesse de partager les pouvoirs du chef de l'Etat qu'ils viennent de se voir attribuer par le peuple. Lorsqu'il dit vouloir un «président fort», nul doute que Nicolas Sarkozy le sera. Et surtout, quinquennat oblige, plus engagé dans la conduite de la politique quotidienne. Dans ce cadre, le Premier ministre ne sera plus qu'un chef d'équipe gouvernementale. Logique dans ces conditions que le Président vienne s'expliquer en personne devant le Parlement, ce qui lui était interdit jusqu'à présent par la tradition républicaine. Tout aussi logique qu'il ne puisse plus se prévaloir d'aucun «domaine réservé» (politique étrangère et défense). Pour mettre en oeuvre ces réformes, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il désignerait avant l'été une commission de révision de la Constitution dont les conclusions seront soumises au Parlement en septembre

 

Ce qu'il a dit. L'ancien ministre de l'Intérieur défend les institutions de la Ve République : «Ce régime, avec son président fort et son gouvernement doté des moyens d'agir, est fait pour la France», expliquait-il ainsi début avril. Mais, pour lui, «le président de la République devra gouverner». S'il entend conserver l'essentiel des institutions créées par le général de Gaulle en 1958, il veut les amender sur deux points : en limitant le nombre de mandats présidentiels à deux et renforçant les pouvoirs du Parlement, qui aura un droit de regard sur les nominations dans les grandes institutions (Conseil constitutionnel, Conseil supérieur de l'audiovisuel, etc.).

 

our une fois que Libé se mouille vraiment ...

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Montebourg raille le "gouvernement hypothétique" des "repris de justice" de Sarkozy

Porte-parole de Ségolène Royal, Arnaud Montebourg a raillé mercredi soir le "gouvernement hypothétique" des "repris de justice" du candidat UMP Nicolas Sarkozy, citant Alain Juppé, Alain Carignon ou encore le rappeur Doc Gyneco.

"Nous avons entendu le candidat de l’UMP dire, imaginer que nous serions du côté des fraudeurs !", s’est indigné le député socialiste de Saône-et-Loire en ouverture du meeting de Ségolène Royal à Metz, devant près de 4.000 personnes, selon le PS.

"Je crains plutôt qu’il prépare en vérité la constitution d’un gouvernement composé de repris de justice", a-t-il ironisé, citant l’ancien Premier ministre Alain Juppé, l’ancien ministre Alain Carignon et le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) Patrick Balkany. Et "nous imaginons Doc Gyneco au ministère du Budget" et "Johnny Hallyday à la Culture", a-t-il poursuivi.

"Tout cela", a achevé Arnaud Montebourg, "sous la bienveillance d’un Jacques Chirac au Conseil constitutionnel pour la vie afin de faire en sorte que tout cela ne se passe pas trop mal".

Dépêche AP | 11.04.2007 | 19:56

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Le "meilleur des mondes" de M. Sarkozy, par Hervé Chneiweiss



La science, vecteur essentiel d’émancipation et d’élargissement du champ des libertés, sera-t-elle bientôt l’instrument de contrôle des consciences et des comportements humains ? Après avoir proposé un cahier de suivi des troubles de conduite des enfants à partir de l’âge de 3 ans, Nicolas Sarkozy nous fait part, dans le numéro d’avril du mensuel Philosophie Magazine, de sa conviction que la pédophilie est d’origine génétique. Il est tout aussi convaincu que c’est la génétique qui fait que 1 300 adolescents se suicident chaque année en France. M. Sarkozy se fait ainsi le porte-parole du rêve déterministe : établir, par la description anatomique ou anatomo-fonctionnelle, une relation simple, linéaire, permanente entre des gènes, des cellules, des circuits et des comportements.

La biologie récente semble servir en première analyse ce projet. D’abord en ayant fourni le catalogue des gènes exprimés via le décryptage du génome humain. Ensuite en offrant une analyse de plus en plus fine de la neuro-anatomie et bientôt les schémas des activités cérébrales de référence. Pour autant, plus ce projet se complète et plus le rêve déterministe s’éloigne. Dans le même temps, le rôle des interactions entre le biologique et son environnement, la probabilité d’occurrence d’un événement et l’influence de l’histoire particulière de l’individu, apparaissent de plus en plus fort.

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Gare du Nord: "échec" de Sarkozy pour le Syndicat de la Magistrature



Les violents incidents de la gare du Nord, à Paris, entre jeunes et policiers "illustrent l'échec de la politique menée depuis cinq ans par l'ex-ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy", estime le Syndicat de la magistrature.

"Qu'un simple contrôle de titre de transport aboutisse à de tels événements résume les résultats absurdes et déplorables de la stratégie de la tension mise en oeuvre depuis des années par Nicolas Sarkozy", ajoute le syndicat dans un communiqué.

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« Il y a un risque très sérieux de ballottage, il faut l’éviter à tout prix. » Arnaud Montebourg



Le Journal de Saône-et-Loire : pourquoi soutenez-vous Ségolène Royal ?

Arnaud Montebourg : « parce que Ségolène Royal assume la fonction de renouvellement du parti que celui-ci n’a pas voulu assumer depuis l’échec de Lionel Jospin le 21 avril 2002. Ce renouvellement est un renouvellement d’identité. Il amène le Parti Socialiste à reprendre soit des questions dont il refusait de se saisir -sécurité, démocratie, environnement- soit des questions dont il avait confié la charge à ses anciens partenaires de la Gauche plurielle. Ségolène Royal parle des sujets qui étaient jusque-là tabous, ou orphelins au Parti Socialiste. Lorsqu’elle fait la critique de gauche des 35 heures qui n’ont pas rempli toutes les promesses que nous espérions, quand elle pose la question difficile de la sécurité en y apportant des réponses de gauche, c’est-à-dire refusant le tout carcéral et l’ultra-répressif qui ne fait qu’aggraver la délinquance que préconise Nicolas Sarkozy, elle ramène le PS au cœur de la société et de ses problèmes. »

JSL : pourtant, elle n’a jamais été rénovatrice, et certaines des thèses qu’elle défend, sur des questions de société, et surtout sur l’Europe, semblent éloignées de vos positions.

A. Montebourg : « Ségolène Royal fait partie de ceux qui ont voté Oui au Traité constitutionnel européen et qui ont tiré sincèrement les leçons de la victoire du Non. Elle propose la fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne, la réforme profonde du Pacte de stabilité budgétaire, la pause dans les futurs élargissements de l’Europe et la protection de la préférence européenne aux frontières de l’Europe, tous points qu’il avait été difficile de faire admettre dans les différents congrès du Parti Socialiste. Enfin, avec sa « révolution démocratique », qu’elle a ouverte dans son discours de Frangy, poursuivie avec la mise en œuvre de la République nouvelle contenue dans le projet socialiste, des propositions sur la démocratie participative, la fin du domaine réservé de la future Présidente de la République en matière de diplomatie et de défense, je considère que le projet de VIe République a enfin trouvé le chemin de son avènement l’année prochaine. Jamais un candidat de gauche n’avait placé la réponse à la crise de confiance dans le système politique par des réformes démocratiques profondes de notre pays, y compris sur le plan social dans les entreprises avec le syndicalisme de masse, au cœur de la campagne et donc de la future victoire. »

JSL : votre soutien à Mme Royal n’a pourtant pas été acquis spontanément. Dans de récents articles de presse, Claude Bartolone* raconte que quelques jours avant votre ralliement, vous cherchiez le meilleur moyen de lui barrer la route.

A. Montebourg : « je démens ces allégations. La campagne que les Fabiusiens mènent pour détruire ma crédibilité et celle des rénovateurs a franchi les bornes de l’acceptable. Les Fabiusiens ont toujours considéré, certainement avec condescendance, que les rénovateurs n’étaient que leur jouet. Nous sommes au contraire un mouvement politique autonome, libre, et qui a suffisamment souffert des choix socio-libéraux de Laurent Fabius au pouvoir. Les militants devraient avoir comme nous la mémoire longue, se souvenir de la défiscalisation des stock-options, des privatisations à tour de bras dont les Fabiusiens en cohorte étaient les apôtres. Ce ne serait pas si grave si Laurent Fabius ne nous avait déjà habitués au discours de gauche dans les congrès, et aux pratiques centristes au pouvoir. Pourquoi croyez-vous qu’un Henri Emmanuelli, comme nombre de ses camarades, refuse de soutenir Laurent Fabius dans cette campagne ? »

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"Montebourg et la citoyenne Ségolène" L'Express le 24 octobre 2006



Après la polémique sur les "jurys", Arnaud Montebourg, l'un des porte-parole de Ségolène Royal - qui débat ce soir à la télévision, pour la deuxième fois, avec Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn - détaille la conception que se fait la candidate socialiste de la démocratie

Ségolène Royal promet une présidence "révolutionnaire". Au-delà des mots, quels actes?

Elle redonnera la parole aux citoyens et refusera de voir la politique mise sous tutelle par quelques technocrates qui se cooptent. Elle veut accomplir ce qu'elle appelle la "révolution démocratique", en permettant aux Français de se réapproprier la puissance publique. Sur le terrain de la construction européenne, elle propose de rouvrir le débat sur la réorientation du projet européen en y associant les élus locaux et nationaux, les partenaires syndicaux et associatifs, ainsi que les citoyens. Ou encore, sur le terrain de la démocratie sociale, elle veut organiser un syndicalisme de masse afin de construire un autre rapport de forces dans les entreprises.

Elle vient de se prononcer pour la mise en place de "jurys de citoyens tirés au sort" afin de surveiller l'action des élus. Est-ce là la révolution démocratique que vous évoquiez?

C'est une proposition inspirée de la démocratie athénienne, où les élus rendaient compte de leur mandat et acceptaient d'évaluer leurs propres choix devant les citoyens. Le projet socialiste comporte déjà la loi d'initiative citoyenne, qui permet de faire inscrire à l'ordre du jour du Parlement un texte par voie de pétition. La proposition de Ségolène Royal se situe dans l'esprit du projet de VIe République, que les rénovateurs défendent avec constance. Je pratique moi-même ces comptes rendus de mandat dans ma circonscription depuis neuf ans et les considère comme une forme d'évaluation. La sanction? Le vote!

Ségolène Royal semble prête à suivre l'opinion. Que répondez-vous à ceux qui jugent que le rôle du président de la République est au contraire de précéder l'opinion, de la guider?

Le rôle d'un président de la République, c'est de prendre ses responsabilités et de rendre des comptes. Aujourd'hui, le peuple se sent trahi et trompé, la politique pesant peu de chose face à l'économie mondialisée. Ségolène Royal s'appuie sur la démocratie pour transformer durablement les structures économiques et sociales. C'est une révolution douce. Avez-vous déjà vu un candidat de gauche vouloir modifier les rapports sociaux en construisant un syndicalisme de masse? De la même manière qu'elle affirme la primauté du politique dans l'Union européenne en rappelant la supériorité de celui-ci sur la Banque centrale européenne et sur le pacte de stabilité budgétaire.

Que conserve-t-elle de socialiste?

Tout en elle est socialiste! L'inspiration de Jaurès en plus! Ségolène Royal réconcilie les deux gauches, celle de François Mitterrand et celle de Pierre Mendès France; elle s'appuie à la fois sur la légitimité d'un Etat restauré et sur le mouvement impulsé à la société. Elle nous engage dans la reconstruction de la confiance perdue dans le système politique, afin de renouveler le compromis en faveur des plus faibles. Les couches populaires ne s'y trompent pas.

Les débats entre les candidats socialistes à l'investiture ont-ils mis fin au procès en incompétence souvent fait à Ségolène Royal?

L'expérience et la compétence que mettent en avant ses deux compétiteurs sont un très lourd handicap: je vous rappelle qu'elles nous ont conduits à la catastrophe du 21 avril 2002! Laurent Fabius et DSK sont les deux ministres des Finances sous lesquels les privatisations se sont succédé à un rythme inégalé dans toute l'histoire de la gauche, sans aucun débat, ni avec le parti ni avec le pays... Je trouve curieux que l'accumulation d'autant d'échecs et d'erreurs politiques puisse servir de référence!

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Royal, un nouvel alliage par Arnaud MONTEBOURG député de Saône-et-Loire, porte-parole de Ségolène Royal

Libération du 19 septembre 2006

Les attaques invraisemblables pleuvent sur Ségolène Royal, au point que Nicolas Sarkozy en fait désormais un point d'appui de son offensive contre elle. La gauche offre des armes au chef de l'UMP contre la seule candidate socialiste en mesure de le battre. Ceux qui nous ont conduits au 21 avril 2002 se rassembleraient-ils pour une nouvelle fois nous infliger le même résultat ?

Quels sont donc les reproches qui lui sont adressés ? Son prétendu vide ? Ceux qui portent ces attaques feraient bien de relire ses discours et ses déclarations depuis plusieurs mois.

Les militants du pays minier du Pas-de-Calais ont entendu Ségolène Royal, à Cambrin, rappeler dans son discours que «la gauche doit imposer la juste hiérarchie entre le capital et le travail et faire en sorte que le travail soit moins taxé que le capital». Ils ont applaudi à la phrase : «Nous ferons en sorte que le capitalisme financier soit mis sous contrôle et refuserons de laisser broyer les hommes et les femmes par la dynamique du libéralisme sauvage.»

La foule de Frangy-en-Bresse l'a également applaudie à l'idée de «la création d'un syndicalisme de masse pour rétablir le rapport de force, aujourd'hui totalement déséquilibré entre les dirigeants et les salariés». Elle ajoutait : «C'est l'intérêt bien compris du pays qu'un syndicalisme de masse oblige à la négociation collective. C'est dans les pays où les taux de syndicalisation sont les plus élevés qu'il y a moins de licenciements collectifs et qu'il est moins nécessaire de recourir à la grève pour être entendu.»

Ce ne sont, à l'évidence, pas les idées de Nicolas Sarkozy. Les positions de Ségolène Royal sont enracinées dans l'héritage du mouvement ouvrier et sa défense des droits sociaux, en s'inspirant d'expériences socialistes concluantes du nord de l'Europe. Elle cherche à renforcer le poids du syndicalisme et à modifier en profondeur les comportements des acteurs du capitalisme dérégulé ; elle cherche l'outil de réhabilitation du prix et de la valeur du travail dont elle a fait un élément central de son discours.

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LETTRE OUVERTE A RAZZYE HAMMADI, président du Mouvement des Jeunes Socialistes



Comme tu peux le voir, nous sommes nombreux à nous demander quelle mouche t'a piqué. Partout en France, des militants du Mouvement des Jeunes Socialistes, toutes sensibilités confondues, sont inquiets quand ils ne sont pas stupéfaits par tes déclarations quotidiennes à l'emporte pièce. C'est vrai, nous avons coutume de répéter au MJS que « pour être entendus, il faut être vus »Š Là, c'est sûr, on te voit. Mais nous préférerions que ce soit pour d'autres motifs. Ils ne manquent pas : le seul discours de Sarkozy sur la jeunesse mérite bien de nombreux communiqués de presse indignés. Et ce n'est pas tout : nous pouvons citer pêle-mêle la paupérisation du milieu étudiant, la rentrée scolaire, les expulsés de Cachan, la privatisation de GDF.

Mais visiblement, tu as fait un autre choix. Celui de t'impliquer à un degré jamais atteint par un responsable du MJS dans un débat interne du Parti Socialiste, qui plus est relatif à un choix de personne puisque tous les candidats supposés ou déclarés à l'investiture ont validé le même projet, celui de tous les socialistes. Permets-nous de te dire en toute camaraderie que tes communiqués de presse quotidiens sur le sujet contreviennent en tous points au principe d'autonomie du MJS. Et ce n'est bon ni pour notre image, ni pour notre camp.

Quel intérêt pour le MJS de participer de façon si violente à cet affrontement ? Est-ce là le rôle d'un mouvement de jeunes soi-disant autonome? Est-ce que franchement, tu crois que cela donne envie aux jeunes de nous rejoindre ?

Nous pensons le contraire : l'attitude actuelle du MJS est un repoussoir pour l'engagement en politique à gauche. Car elle rime avec division, bureaucratie et mauvaise foi. Si nous avons pris la décision de réagir dans la presse, c'est afin de rétablir la vérité sur l'état de notre organisation et ses prises de position aujourd'hui. Triste est de constater en effet que les engagements pris par le courant majoritaire du MJS de préserver la démocratie au sein de notre organisation ne sont pas respectés. A l'issue de notre dernier congrès un Secrétariat national a été mis en place représentant les différentes sensibilités de la Jeunesse socialiste. A quoi bon cet effort si les communiqués de presse au nom du MJS ne sont connus par une partie de la direction qu'une fois leur diffusion effectuée ? On est à dix mille lieues de la rénovation des pratiques et des idées qui sont pourtant en théorie constitutifs de l'identité du MJS.

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